Vastitude du vide


        Il y a dans le regard sentinelle du ciel un foyer d'herbes folles que je voudrais arracher à mains nues, une lumière sans limites, un appel immobile que je ne peux étreindre du bout de mes lèvres car je suis à cet instant une ombre foudroyée, une nuée d'encre échouée, dense, un corps nu redevenu humus.

      Je demande alors à l'écriture, lorsque je la serre très fort autour de mes doigts, un énième filet de lumière. Elle me suggère que c'est l'expérience de l'inconnu qui deviendra l'alliée de mon imaginaire, qu'il suffira de marcher dans ses pas pour me réensemencer. Une pointe de ciel en tête, comme une racine nouvelle.

       La longue nuit s'entrebâille, délaissant l'enfance sur le pas de la porte. Je l'écoute expirer lentement. Je sais qu'elle me donnera un surcroît de plénitude, une force animale. Simplement l'écouter. Elle m'écrira, s'écriera, jaillira comme une jouissance. Je m'avancerai alors dépeuplé des oripeaux de cette enfance. Vastitude du vide.

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     L'infime souffle de la luciole


          Je connaissais une source lumineuse aujourd'hui éteinte, confidente de mes soirs d'étés, hypnotique luciole tapie dans un coin de ma mémoire en friche. Un point de lumière éclairant mon enfance, enivrante empreinte ridée de verdure luisante qui resurgit encore parfois au fond de ma vision intérieure.

         Enfant, j'admirais sa fluorescence au pied de mon unique laurier-amande aujourd'hui disparu. C'était un peu comme si cette étoile à terre portait en elle le secret d'une allée encore inconnue, sentier aérien entre deux états, ma présence et mes absences au monde.

     Je pressentais du haut de mes cinq ans qu'elle agirait bien plus tard comme une gardienne, une sentinelle, un souffle infime contre un travail inachevable, l'éternelle recherche de soi façonnée par le silence bruissant de ma garrigue natale.

    Et je découvrirai alors, sans jamais l'avoir revue, que cette luciole portait en elle une forme de révélation immédiate que je ne savais pas encore décrypter. Une petite touche de vert diamanté, mélange d'émerveillement et d'étrange distance qui captivait mon regard, traversé de fulgurances aveuglantes. Comme un signal alors indéchiffrable...

     Cet étrange coléoptère nocturne scintillerait à nouveau, comme un éclat de lune dans le ciel de ma future passion, l'écriture. Je marcherai sans le savoir dans son sillage, au détour des méandres de l'existence, armé de ce fragment céleste en bandoulière.


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      Après une longue exploration dans le domaine musical, c'est vers l'écriture poétique que Sylvain Jules s'engage instinctivement porté par le souffle inaltérable de l'enfance. Une nouvelle voie s'ouvre à la lisière du sonore, un travail d'artisan des mots dans la forêt du langage.

      Il retrouve alors un espace de composition qui allie la résonance de ses années de musicien avec le chant polysémique de la langue. Les poèmes naissent et se multiplient comme autant de bourgeons dans le ciel de ses réminiscences.

​      Au printemps de sa vie, il retrouve son profond attachement à la nature et à ses éléments, apaisé, dans le cœur de la poésie.

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