
ÉCRIRE EST UNE AUBE
UN ÉTERNEL PRESSENTIMENT
Il y a dans le regard sentinelle du ciel un foyer d'herbes folles que je voudrais arracher à mains nues, une lumière sans limites un appel immobile que je ne peux étreindre du bout de mes lèvres car je suis à cet instant une ombre foudroyée, une nuée d'encre échouée, dense, un corps nu redevenu humus.
Je demande alors à l'écriture, lorsque je la serre très fort autour de mes doigts, un énième filet de lumière. Elle me suggère que c'est l'expérience de l'inconnu qui deviendra l'alliée de mon imaginaire, qu'il suffira de marcher dans ses pas pour me réensemencer. Une pointe de ciel en tête, comme une racine nouvelle, vers davantage de réel.
La longue nuit s'entrebâille, délaissant l'enfance sur le pas de la porte. Je l'écoute expirer lentement. Je sais qu'elle me donnera un surcroît de plénitude, une force animale. Simplement l'écouter.
Elle m'écrira, s'écriera, jaillira comme une jouissance. Je m'avancerais alors dépeuplé des oripeaux de cette enfance. Vastitude du vide.
"Autant de pierres et de poèmes
prêts à révéler l'informulable d'aujourd'hui
Matériau déposé en attente
en marge des jours
à l'abri de sa conjugaison
Nouvelle ligne d'horizon
bégaiement des aubes roses
... "
L'écriture, une maturation dans les plis d'une résonance musicale, son revers, sa secrète respiration. Tu as connu l'expression foudroyante et immédiate à travers le jeu instrumental, touché au corps du sonore, ressenti les vibrations rythmiques et sensuelles des mélodies, et pourtant, dans cette déprise physique et spirituelle, te manquait l'onde poétique, son exploration, cette griffure du sens, infinie possibilité métaphorique. Un monde silencieux, apaisé, qui ne s'exposerait plus, ne déclamerait plus, à l'abri de toute boursouflure, en sourdine. Tu interrogerais alors le noyau du sonore, sa concrétion, autrement, certainement en l'explorant à travers un sens oblique, non univoque, travaillé par l'appel d'une voix, cette scansion régulière dans les entrailles de ton écoute intérieure.
Dans la nuit du souffle, 2025
L'écriture est ma demeure
Locataire de son âme
ses scansions sont mon vivier
Sa mélopée bouche fermée
brode le canevas de mon enfance
Ses longues errances m'exilent
et j'écoute l'écho de ses cris tus
L'écriture est ma demeure
J'y confie l'aveu de mes fuites
dans les méandres de sa sève
Assidu devant toute peine
Artisan, taille ton bois d'ébène
Dans les nuits de l'effort consenti
Accepte les sombres gouffres et les errances
Demeure attelé aux parois verticales
de l'impossible relâchement
Songe aux drapés silencieux des amours secrètes
que révèle la lune-réverbère
Au crépuscule ton bois travaille
résonne en lui l'appel de l'ouvrage
Les fibres filandreuses s'effilochent sous ton ciseau
les feuilles écorces se déposent matériau
L'écriture sensiblement advient éclairer
la peau rugueuse de tes souvenirs
L'écriture est ma demeure
Une Blancheur, 2024


