Poésie sève
Je suis cet automne assiégé, repoussé, terrassé, écorce d'octobre au visage nuage qui capitule face aux mors de l'hiver, encre volatile échouée sur l'épiderme du ciel. Je suis matière stellaire boisée, chutes d'échardes astrales, copeaux de nuits disséminés sur la rose des vents.
J'habite d'abrasives mémoires, mauves nuits tranchantes mordues de lueurs rêches. Résident en moi de lumineuses voix enlacées aux bruissements rauques d'heures intranquilles recluses dans les cerneaux du temps. J'habite des ombres mouvantes, paysage ondoyant, souffle bourrasque qui essaime des bribes de silence enivrant.
Je suis estive chancelante aux vents grisants, errante présence, vagabondes nuits ponctuées d'ivresse au rythme d'un cœur trappeur enneigé de rêves. Je suis cette folle lune qui danse sur elle-même, androgyne présence, fête étrange. Seuls ses quartiers se rassemblent dans l'espace d'un non-lieu, terre de feu et de larmes au sourire en transe.
Il se fait tard dans la matité des pages, feuillets tannés, rongés de lancinants échos... Demeure en moi l'écriture, respiration lumineuse, qui déchiffrera un printemps en partance sur les rives vestiges d'une nuit détachée du silence, gorgée de poésie sève aux reflets d'ambroisie.
