Je serais...
Je serais...
Je serais une île évanouie les yeux si près de mes pieds
que j'entendrais résonner encore le pouls saccadé
des villes traversées onde battante dans mes tempes
Je serais ce caillou parmi les pierres brûlantes
terrassement d'une enfance stridente aux oreilles d'embrun
et je récolterais au soir de ma vie le délié d'un passé accouché
Je serais graminée adoptée parmi l'endémique flore bruissante
racine présence à la bouche béante prête à gober l'infini
étendue poitrine bombée buvant l'aube intarissable
Je serais cette naissance recouvrée revécue immense absence
abandonnée dans le cristallin d'une prunelle perçante
étoile fixe dans le cœur de mon premier cri
Je serais frémissante nudité relief minéral dentelé
le regard océan uni au chant silencieux du monde stellaire
accoudée à la falaise moi-même bourrasque cisaille
Je serais sterne rasante au bec jaune de l'errance
voletant immobile au centre de l'énigmatique escale
dont seule la blancheur nodale serait mon refuge
